Une chatte aux yeux d'or
Une chatte aux yeux d'or
Le ciel était d’un bleu faïence, aucun nuage ne semblait troubler la sérénité céleste. Une légère brise agitait les ramures des pins et une chaude odeur de résine se répandait dans l’air. Je marchais sur le sentier bordé d’ajoncs, de bruyères et de genêts défleuris. Au contact de cette plénitude, mon esprit se vidait des épreuves passées. Je rencontrais alors une bien étrange personne. Nous échangeâmes un salut courtois, comme il se doit, lorsque l’on se croise dans des espaces peu fréquentés.
Je fis quelques pas, lorsque le promeneur m’interpella :
-Monsieur ! Monsieur !
Je me retournais intrigué, car nous ne nous connaissions en aucune façon.
-Oui ? Fis-je interrogatif.
Monsieur, vous avez une chatte aux yeux d’or sur l’épaule droite !
-Ah ! Vous l’apercevez, vous aussi ! Et bien figurez-vous que du vivant de ce splendide animal, je la portais ainsi et elle se laissait faire. Visiblement cela lui convenait tout à fait.
-Mais pourquoi se perche-t-elle ainsi, alors qu’elle n’est plus de ce monde ? N’a-t-elle pas regagné le paradis des chats, auprès du Grand Bubastis ?
-Normalement, elle aurait dû le faire, mais c’est à cause de moi. Je lui ai fait une promesse quand elle est tombée malade. Je lui ai dit que je serais toujours là pour elle et j’ai plongé mes yeux dans ses prunelles d’or. Elle me faisait confiance quand le vétérinaire la soignait, se laissant faire avec complaisance, car elle sentait bien que j’étais prêt à tout pour la sortir de là.
La suite a été un peu rapide quand la maladie est venue à bout des ressources de l’homme de l’art. Je ne voulais pas qu’elle souffre, comment laisser torturer un être courageux et si doux sans intervenir. La piqûre lui fermé le monde des vivants et éteint ses yeux où sourdaient quelques larmes. Elle devait penser que je l’avais abandonnée et semblait si surprise de tout ce qui lui arrivait…
-Mais pardonnez mon insistance, reprit l'inconnu, pourquoi reste-telle accroché à vous, cela ne vous gêne-t-il pas ?
-Non au contraire, nos esprits et nos cœurs se trouvent liés d’un amour sans partage. Elle m’a fait comprendre qu’elle attendra mon heure, qu’elle y mettra le temps, qu’elle sera toujours là et qu’ainsi, j’aurai moins peur quand viendra pour moi le moment de passer à côté.
Hommage à notre chatte Filoute
Hommages à notre chatte Filoute
Tu n’étais pas bien ces derniers temps. Tu mangeais moins, boudant des pâtées que tu appréciais autrefois. Et puis il y a eu cette maudite boule , sur ton poitrail immaculé. En te léchant trop souvent tu l’a fit saigner. J’achetais pour la première fois un grand panier de voyage pour t’amener au vétérinaire. Tu ne savais pas trop comment te tenir à l’intérieur. J’ouvris l’officine qui déclencha un carillon que tu devais entendre souvent par la suite. La femme de l’art après examen décela trois tumeurs. – Je vais vous l’opérer et nous transmettrons les résultats au laboratoire d’Histologie. L’opération se passa sans incident et tu nous revint entortillée de bandes. sur ces entrefaites, tu pris froid et attrapa un coryza qui te fit saigner du nez. A nouveau vétérinaire et l’on te fit une perfusion pendant toute une nuit. Tu repris de l’appétit et nos espoirs remontèrent en flèche. Il fallut t’enlever les points, et là je rends hommage à ton courage de chatte de douze ans, car malgré la douleur tu ne miaulas même pas.
Elle me donna les résultatsdu laboratoire, ils n'étaient pas brillants. Je te maintenais sur le dos pendant que la vétérinaire enlevait à la pince les fils récalcitrants. Et je te disais de te pas t’en faire, que je serai toujours là pour toi.
-C'est vraiment une gentille fille qui se laisse faire disait la femme en blanc.
Pendant deux jours Tu n’absorbas aucune nourriture et je pris peur…
A nouveau vétérinaire.
-Elle semble déshydratée, je vais lui faire une perfusion. Je vais aussi lui administrer un antibiotique retard et un anti-vomitif.
Cela dura dix minutes. Brave chatte inoffensive elle mordillait le bracelet de ma montre pour ne pas me mordre moi-même.
Je la ramenais à la maison plein d’espoir… Le jour suivant, un samedi, elle ne s’alimentas pas et ne bus pas. Je sentais venir l’irrémédiable malgré tous les soins prodigués.
L’après-midi jour de grande chaleur, elle se réfugia derrière ces chers rhododendrons et n’en sortit pas. Je la rentrais vers sept heures. Elle se coucha sur son coussin épuisée et sans forces, depuis le temps qu’elle ne mangeait plus…
Je passais une nuit blanche.
Le dimanche matin, elle agonisait.
Elle haletait en me regardant me reprochant sans doute de l’avoir amené chez le vétérinaire… Je ne supportais plus sa souffrance et j’appelais un vétérinaire de garde. Il mit un temps fou à venir pendant que tu souffrais…
Le fourgon noir apparut enfin.
-Tiens, le fourgon de la mort, pensais-je.
Je caressais ma Fifi avec peine et des larmes inondaient mes yeux.
-Je l’ai endormie d’abord et ensuite j’ai fais l’injection létale.
-Elle n’a pas souffert, m’affirma-t-il.
Je t’ai entouré dans une serviette et j’ai construit un petit cercueil en bois. J’ai attendu un jour pour que tu te rendes compte de ton nouvel état. J’ai creusé le trou, les yeux brouillés de larmes et j’ai orienté ta tête vers l’est, car, lorsque tu es apparue à la maison tu es arrivée dans cette direction.
Je revois encore ton regard accroché au mien semblant dire, pourquoi tu m’as abandonné ?
Il fallait que je vous raconte cette histoire pour cette chatte atteinte d’un cancer foudroyant et qui jamais ne miaulât n’y ne se plaint.
Je rends hommage à ton courage, petite chatte que nous aimions tant.
François Veillon
Filoute endormie sur une armoire...




